| Jeudi 30 septembre 1982 à 10h32 | |
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Armurerie Dekaise Chaussée de Bruxelles, n° 32 1300 Wavre, Brabant Wallon |
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Volkswagen Santana |
| Jeudi 30 septembre 1982 à 10h32 | |
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Armurerie Dekaise Chaussée de Bruxelles, n° 32 1300 Wavre, Brabant Wallon |
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Volkswagen Santana |
Daniel Dekaise tient une armurerie à Wavre, située au coin d’un carrefour dans une rue à sens unique du centre-ville, à six-cent mètres de la gare. Son magasin est réputé dans tout le pays : on peut y trouver les derniers modèles sur le marché comme des articles de collection pour les passionnés. Mieux, M. Dekaise apporte même parfois ses propres modifications au matériel ; il a notamment mis au point des silencieux pour mitraillette, un petit exploit pour l’époque où ceux-ci ne sont pas encore répandus.
Ce matin-là, M. Dekaise s’occupe de deux clients, Gerard Gradzki et Cyrille Seykens, quand il remarque un individu s'approchant avec empressement du magasin, la main dans la poche de poitrine de sa gabardine. M. Dekaise le trouve immédiatement suspect mais n'a pas vraiment le temps de réagir : une fois entré, l'individu se dirige tout droit vers lui et sort un pistolet dont il se sert pour le menacer. Un complice surgit de l'autre côté de la rue, pénètre lui aussi dans le magasin, et sort un fusil de chasse à canon scié de son manteau.
L’homme au fusil frappe violemment M. Dekaise et ses clients au visage, qui sont ensuite jetés à terre. Les malfrats leur intiment de ne pas lever les yeux, tout en continuant à les brutaliser, ce qui vaudra à M. Dekaise plusieurs fractures. Ils le menacent aussi de s'en prendre à sa femme et à son fils s'il n’obtempère pas. Les malfrats se mettent à fouiller le magasin et finissent par exiger les clés du comptoir, mais M. Dekaise ne sait plus où il les a déposées pour la dernière fois. Ils se content alors de casser les vitres pour se servir dans ce qui se trouve à l’intérieur. Ils fouillent aussi le gérant et les clients pour emporter leurs portefeuilles ainsi que le sac à la main de l’épouse de M. Dekaise.
Les malfrats semblent être venus se procurer un stock d'armes : ils s'emparent à l'aide d'un sac de sport et d'un sac en plastique de dix-huit armes à feu. En voici une liste, extrapolée sur base des informations données aux enquêteurs et plus tard rendues publiques par ceux-ci. On y compte dix revolvers : quatre Smith & Wesson (un 547, un 559, un M19, et un M686), trois Ruger (deux Blackhawk et un Redhawk), un Colt Single Action Army, et deux Enfield No. 2 démilitarisés ; quatre pistolets : un Bernadelli Model USA, un Browning Concours 150, et deux Colt M1911 Government ; ainsi que quatre mitraillettes : deux Ingram MAC-10, un Beretta M12 muni d’un silencieux artisanal, et un Schmeisser MP40 démilitarisé ; ce à quoi il faut ajouter cinq chargeurs de trente-deux cartouches chacun (deux de .45 Ingram, un de 9mm FN pour Beretta, un de 9mm Walther, et un de 9mm pour MP40).
Les malfrats cessent leurs fouilles après que l’un d’eux se soit écrié « avoir trouvé ce qu’ils cherchaient ». L’objet de ces recherches reste une énigme, mais cette déclaration suggère qu’ils connaissaient au moins partiellement l’armurerie ainsi que son inventaire, et étaient venu se procurer un objet en particulier qu’ils avaient fini par trouver. Il pourrait éventuellement s’agir des silencieux confectionnés par M. Dekaise. Le reste des armes n’a peut-être été emporté que par opportunité ou comme subterfuge.
Les malfrats semblent conscients que leur braquage n’est pas passé inaperçu dans le quartier. L’un d’eux frappe à nouveau M. Dekaise, s'agenouille dans son dos, lui pointe son fusil dans la nuque, et déclare être prêt à l'abattre. M. Dekaise reste convaincu qu'il aurait été tué à ce jour-là si un agent de police n'avait pas finalement dérangé les braqueurs.
L'agent brigadier Paul Haulotte, un policier communal en patrouille pas très loin de là, alerté du braquage par des voisins, entreprend de se rendre sur les lieux après avoir positionné son véhicule de manière à barrer la route à une éventuelle fuite des malfrats. Lorsqu'il approche de l’armurerie, il est accueilli par des tirs venant de l'entrée de la boutique. Le policier a bien du mal à répliquer puisque le chargeur de son arme ne contient qu’une seule munition. Touché par une première salve, l’agent Haulotte s'effondre ; bien qu'il ait été neutralisé, un malfrat s'approche de lui et l'achève d'une balle de 9mm dans la tête.
Leur butin en poche, les malfrats quittent le magasin après avoir arraché les câbles téléphoniques. Un troisième complice monte dans le fourgon de police de M. Haulotte et le déplace pour libérer la voie pendant que les deux autres chargent le butin dans une Volkswagen Santana dotée d’une plaque française. Les malfrats montent à son bord et prennent la fuite en direction de Bruxelles. Ils ne tarderont pas à être poursuivis par la gendarmerie, et une fusillade éclatera entre eux un quart d’heure plus tard à Hoeilaart.
Ce cinquième méfait attribué aux Tueurs est le premier où ceux-ci font une victime mortelle, tuée sur le coup. Il s’agit par contre du dernier à se dérouler à un autre moment qu’au soir ou pendant la nuit.
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